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Ce qui me fait rêver, ce qui me met en colère aujourd’hui (2002-2003)

Quelques textes retenus par le comité de lecture du lycée sur le thème proposé par Mohamed Kacimi : "Ce qui me fait rêver, ce qui me met en colère aujourd’hui
(année scolaire 2002-2003)

 

Rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, toujours rien et encore rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien, rien.




C’est terrible, on est en train de pas faire de français. J’ai envie de rentrer chez moi jouer à l’ordinateur, regarder " Star Gate " et puis aller voir des poules, monter sur une moto, détruire des feuilles, déchirer les cours de Français, voir la prof de français danser, voir voler les gens couper des fleurs, faire de l’escrime et du tennis, couper un arbre, dessiner des cactus coupés.



Vite, vite, vivement le futur. Oh ! pas trop lointain, un futur proche, dans une heure, deux heures… Je veux sortir, je veux courir, je veux m’évader, me laisser aller. Je veux rentrer chez moi, ou pourquoi pas aller ailleurs, loin. Je suis indécis. Je veux choisir mes projets, être libre d’aller à gauche ou à droite.




Comment ça va ? Hein !!!!!! Pouêt Pouêt, prout, fesse, table, trousse, ollé !!! tu vas bien ? C’est nul, ouais, AHHHHH, rire gaieté, sein, homosexuel, homosapiens-sapiens, dinosaures, jambes, pieds, sexe, ollé, école, Oh non, arbres, plantes, j’écris, tu écris, il écrit, super, trop bien, grave, Majoub, Jackie, Georges, Bernard.



Ils sont vraiment cons avec leur réflexion et avec leur rire de con.
Ca me fait chier et en plus qu’est-ce que ça donne, c’est vraiment nul et en plus ch’ais pas quoi écrire. Putain qu’est-ce que c’est nul.
Merde.
Je serai informaticien.




C’est l’avenir qui nous attend.




Le futur tout va changer mais je serai pas là pour voir ça.




j’ai envie de voir le futur, de lire les pensées, ça y est j’ai plus d’idées.




c’est chiant mais c’est réel, là je suis en train de me demander pourquoi j’écris ça, mais je crois le savoir c’est parce que vous me le demandez, si vous ne me l’aviez pas demandé je n’aurais sans doute jamais fait cela c’est pour ça que j’ai envie de vous en remercier.




Le futur ne doit pas être connu.




Au tableau y’a marqué un mot "futur" et je sais pas trop qu’est-ce que je pourrais dire sur ça, à part que dans le futur je sais pas trop quoi faire.




Le futur c’est l’avenir, sans futur.




Rêver : cela reste pour moi une chose qui est dans ma tête le soir, je rêve de beaucoup de choses, je rêve de trouver la personne qui serait à mes côtés toute ma vie et me fera de jolis marmots. Je rêve d’une vie de famille dans quelques années mais pas trop tard. Je rêve de voyager, de voir d’autres horizons, de voir des acteurs de " Melrose Place " aux Etats-Unis et je rêve d’être en bonne santé ainsi que toute ma famille. Je rêve d’aimer et je rêve que l’on m’aime.




Y’a rien qui me passe par la tête, juste le fait de partir d’ici de quitter ce pays, de m’en aller loin d’ici où j’ai passée toute ma vie, voir d’autres lieux, d’autres horizons, que caissière, pour moi tout ceci est rêver, rêver d’être libre de toute contrainte, libre de vivre sans que l’on m’ordonne des choses. Il n’y a plus rien qui me vient, juste des choses que je pense et que j’écris en fait ce que je pense que j’écris, je comprends pas trop en fait, j’essaye de ne pas réfléchir.




Rêver, penser, sommeil, nuit, étoiles, noir, magique, féerique, dormir, fatigue, lit, soir, propre à soi-même, seul.




Rêver c’est un autre monde où on se met pour que au moins dans nos nuits, la vie devienne plus belle plus fantaisiste pour oublier tous les problèmes de la vie.
Sommeil, étoiles, rêve, île, cocotier, lit, soir.




Penser, s’imaginer des choses incroyables, argent, l’amour, avoir un avenir terrible avec une femme et des enfants, son petit chez-soi, rêver c’est prendre la dure réalité du bon côté, plus de problèmes, avoir une belle voiture, c’est aussi dormir, s’évanouir, penser à la nature, aux animaux, rêver d’avoir de super pouvoirs, d’être une star, chanter ou danser devant des milliers de personnes.




Rêver c’est penser à beaucoup de choses sur soi, sur quoi faire, pourquoi, argent, rêver aussi de beaucoup de choses, les filles, les voyages, les sports, mais surtout les filles, car j’aime les filles, passer du moment avec elles, être bien, posés avec elles, dans leurs bras, sinon rêver sert beaucoup, pour nous en tant que personne, il nous sert à nous rendre content, voyager par rêve, il n’y a rien à penser, pas d’administration, c’est ce qui nous sert à avancer dans la vie, le rêve c’est magnifique, et sans ce phénomène on ne serait rien.




Y’a des fois quand je rêve d’un truc, je pense à Damien qui passe la nuit avec des poules. Cependant, Damien ayant fréquenté pendant deux ans, un labrador se sentirait obligé de prendre conscience que Mireille n’est en fait pas un catalogue de La Redoute, mais un abri pour Pakistanais qui convoiteraient des sociétés de productions de " weed " à tendance homosexuelle, mais par le biais d’une conjoncture économique. Tout ça pour dire que Damien tombe dans la décadence.




Cité, banlieue, Paris, shopping, travail, fatigue, mort, paradis, enfer, l’ange Gabriel, la vie, la résurection, l’amour, le plaisir, l’interdit, la loi, les règles, trou, puanteur, ennui, la colère, le suicide, le sang, la sortie, liberté, l’air frais, les campagnes, l’odeur du pain frais, le soleil, l’arc-en-ciel, la pensée, l’optimisme, les jardins, les fleurs, la mère, le père, la naissance.




Je m’en fous j’habite Montesson, faut rien que j’écrive, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, tais-toi Sarah, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, non 50 secondes, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, faut pas qu’il prenne ma feuille. rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire, rien écrire.



Ville des Yvelines, magasin où il y a ma jupe, faut que j’achète des sapes, il me faut le pull Moudjahidin, pressée d’être samedi, pour aller à Colombes, y a des bêtes de trucs. Dimanche braderie de Houilles. Faut finir le truc d’histoire pour pouvoir galérer et acheter mon baggy. Il me faut trop de la tune, je suis en galère de pull et pantalons.




A Sartrouville, les meufs, elles ont pas de cœur, on les aime et elles n’aiment pas en retour.
Sous leurs yeux, passe leur âme sœur, mais sont trop bêtes, elles ne le voient pas.




Une cellule, vie qui sort des cours d’eau, la vie vient de l’eau. Mais pourquoi "la vie" prend un "e" à la fin ?




Je ne crois pas en l’amour vrai à 17 ans.




Je ne sais si mon amour pense à moi, en tout cas moi je pense fort à lui.
Amour, gloire et beauté …. La la la la
Putain, je sais plus quoi dire. Ah si, ça y est, l’amour c’est beau quand ça dure. Qu’est-ce qu’il y a d’autre, piou piou mon pote, il est amoureux d’un mur au stade Gagarine, mais c’est difficile car il n’y a pas de réponse de la part du mur : il est amoureux depuis dimanche soir. Enfin lundi matin, il avait un peu bu, et il s’est épris d’amour pour un mur. Il lui a d’ailleurs pissé dessus. Je suis mort de rire. Enfin sinon l’amour c’est ce qu’il y a de plus beau au monde.




Amour, il est beau mon euh ….. amour, amour, on n’a écrit trop plein de poèmes là-dessus …. C’est le truc vieux comme le monde et trop chiant… et puis, j’en sais rien ce que c’est que l’amour, moi d’autres se sont posés cette question avant moi … et si demain je rencontrais l’homme de ma vie ? L’amour, le coup de foudre, ça n’existe pas. C’est une histoire qu’on nous raconte quand on est bébé dans les Walt Disney. Est-ce que tu crois que l’on pourrait avoir une dissert. de philo là-dessus ?




Cher Damien,

Je t’écris pour te faire part de ce qui me met en colère actuellement : c’est le prix des vêtements.
Un pull-over large, assez long, descendant jusqu’en haut des cuisses, de couleur bleue avec écrit dessus en gros devant le nom d’une marque et porté par un jeune homme brun dégingandé.
Un autre homme blond de forte corpulence porte pratiquement le même "pull" que celui précédemment d’ écrit, sauf que ce n’est pas la même marque (au lieu de "Nike" c’est écrit "Décathlon"). Seule la marque diffère. Connaissant ces deux marques, j’en déduis qu’il y a un écart de prix impressionnant : le "pull" porté par le jeune homme dégingandé est deux voir trois fois plus cher que celui porté par l’autre homme. Le facteur de cet écart de prix est la marque. Cela me met hors de moi. Je ne comprends pas comment on peut acheter des vêtements aussi coûteux.
Comment nous, adolescents de 15-16 ans, sacrifions-nous autant d’argent pour la mode ?
J’espère que tu me comprends, si tu as des idées à ce sujet, n’hésite pas à me les faire part.

A bientôt,

Yoann.




Je choisis d’adresser mon discours à un vétérinaire auquel je sollicite un stage.
Ayant été au contact des animaux dès mon plus jeune âge, et aimant m’en occuper, je désirerais pouvoir apprendre à soigner les animaux, qui comme les humains ont des problèmes de santé ou de prévention. Je souhaiterais non seulement m’occuper d’animaux domestiques tels que chiens, chats, lapins, tortues, oiseaux, … Mais aussi éventuellement partir au Kenya ou dans d’autres pays pour observer et guérir des animaux en liberté.
Ces deux expériences cumulées me permettraient de réaliser mon rêve, celui de devenir vétérinaire.

Geoffrey Leroy.




Mon cher François,

Voilà trois mois que les attentats du 11 septembre se sont produits et les victimes sont nombreuses. Le symbole de la puissance américaine a été détruit en quelques heures. Lorsque je suis rentré chez moi, en regardant les images, je n’y croyais pas, croyais-je rêver ? Oui, mais c’était la réalité. Un attentat aussi important était pour moi invraisemblable.
L’armée américaine est présente dans le Pakistan et l’Afghanistan et les bombardements commencent déjà. Malgré leur impatience et leur puissance mondiale, les Etats-Unis n’ont pas le droit d’assassiner des innocents. La population n’y est pour rien, c’est Ben Laden le responsable. Le pays est pauvre et les américains vont le rendre encore plus s’ils continuent, connaissent-ils l’importance des dégâts ? s’en soucient-ils ? Y pensent-ils ? Et les vies humaines ? De plus, ils ne savent pas où sont les terroristes. Ils tirent à l’ aveuglette en tuant des pakistanais à chaque bombe. Lorsque je regarde les images dans les journaux, j’éprouve de la tristesse. Combien d’enfants vont devenir des orphelins ?
Si les américains ont du cœur alors ils doivent arrêter le massacre et ne pas profiter de leur puissance car suite aux attentats on peut dire "ce pays ne serait-il pas colosse aux pieds d’argile ?"

Amitié,
Alexandre.




Dans ma chambre à Berchère

A toi,

Je suis perdue, j’ai envie de pleurer. Je ne sais plus qui je suis. Je n’ai pas le droit de me plaindre. Je tiens le discours typique d’une adolescente de 17 ans. J’ai la gorge serrée et je ne sais pas pourquoi, cherche, cherche ….
Peut-être est-ce parce que ton père vient encore une fois de parler de sa mère avec le langage habituel qu’il emploie à chaque fois qu’il évoque son nom.
Je sais à l’avance que je passerai la soirée enfermée dans ma chambre, avec un nœud de basket d’un enfant de six ans dans la gorge, en tentant de garder mes yeux secs. Question de fierté, j’échoue, je pleure.
Peut-être est-ce tout simplement parce qu’hier soir tu as réalisé qu’un jour tu mourras. J’avais déjà accepté ce fait, mais lundi dernier j’ai eu une sensation troublante pendant un peu moins de trois secondes et là, j’ai vraiment réalisé que ma petite personne, un jour, n’existera plus. Ça m’a fait très peur, ça m’a mise en colère ; il n’y aura plus aucune trace de l’existence pathétique que j’ai menée. "Alors à quoi ça sert la vie ?" puisque de toute façon lorsque l’on meurt tout est fini. Il n’y a même pas de mémoire pour se souvenir de ce que l’on a été.

Cette nuit-là, j’ai aussi pensé à mon grand-père. Je ne l’ai jamais connu. Il a vécu la guerre lui, et a eu de quoi se plaindre tout au long de sa vie et pourtant sa petite-fille ignore tout de ses combats : son arrivé en France, son voisinage avec la mort et les horreurs qu’ont pu voir ses yeux.
Je suis énervée et désolée de la manière dont mon père a parlé de sa mère tout à l’heure au téléphone. J’étais révoltée ! Je lui ai dit, mais je n’ai eu comme réponse que : " Non, mais c’est vrai quoi, elle fait chier. " Dans la bouche d’une de mes copines cela ne m’aurait pas choquée, mais de la part de cet homme de quarante-quatre ans censé être mon père, j’ai senti mon cœur se serrer comme le chignon d’une danseuse étoile.
Je suis très chiante ces derniers jours je l’avoue, mais je vais avoir mes règles, ça explique tout …. N’est-ce pas ? Tu sais comme je suis toi ? Je me sens mal à l’aise lorsque les gens sont heureux à côté de moi. Qui est la dernière personne à m’avoir dit que "le malheur des uns fait le bonheur des autres ?" C’est Charlotte, je crois m’en souvenir. Elle a dit vrai … je suis égocentrique.
Je suis une ado qui tient un discours d’ado que personne ne remarquera…. Pathétique cette lettre.
Mais putain de merde ! J’en ai assez de me taire et de subir, j’ai envie de crier ma rage à la gueule des gens. Oui, moi aussi ! J’écoute autour de moi et qu’est-ce que je vois ? De la haine, de l’intolérance, de la stupidité et du fric, du fric, du fric encore et toujours plus. Ils n’ont que ce mot là à la bouche.
Je regarde autour de moi et qu’est-ce que je vois ? Des guerres, des viols, des attentats, des lapidations … et j’en passe.
HHAAAAAARRRGGGG !!!!!!!! Est-ce que quelqu’un m’entend ? je craque, je suis lasse. Le gouffre noir approche si vite.
Mais qu’est-ce qu’il te faut de plus à toi ? t’es jamais contente.
J’ai besoin d’un repère spirituel, de quelque chose qui ne vivrait que dans ma tête ….. toi !

Pourquoi il n’y a que moi qui te connaît Pourquoi lorsque j’essai de te nommer ma bouche reste telle une fermeture éclair, et qu’à chaque fois que je t’écris la place du destinataire reste toujours vide ? N’existerais-tu pas ? Tu m’entends, je veux savoir si tu existes vraiment ? Si tu n’existes pas alors pourquoi tu me parles ? Tu me réponds ? M’incite vers le mal. Dieu n’existe pas je le sens, mais toi , qui es-tu ? JE NE SUIS PAS FOLLE !! Arrêtez de dire que je suis folle, vous tenez le même discours que Fox Mulder.
Je me sens mieux tout à coup, il suffit que je t’évoque pour aller mieux. Mais qui es-tu bordel ? De quel droit tu t’engouffres dans mon cerveau sans que je puisse lutter. Viens, je n’ai plus la force de me battre.
J’ai mis Bob Marley, je l’adore, mais au sens propre et réaliste du terme. Sa musique me transporte. Pffff …. Très banal ce que je viens de dire, mais je le pense vraiment. D’ailleurs son évocation m’a mis le sourire aux lèvres. Je pense tout à coup à Julie, elle est partie à Venise. Cette fille me comprend, je ne sait pas comment elle fait, peut-être suis-je en réalité horriblement banale. Mais pour en revenir à Julie, cela fait qu’un an que l’on se connaît, c’est la seule fille en qui j’ai une confiance aveugle. Je l’apprécie vraiment beaucoup. Ha la la si elle était amenée à lire ma lettre, j’en serais morte de honte. Je ne dis jamais aux gens que je les aimes, ce qui me vaut une réputation de fille froide et marginale.
J’aime aussi la vie, les hommes (rastas de préférence), le reggae, fumer un " pète " avec la petite bande (clein d’œil à Amed et Bé), la solidarité, rire à mouiller le fond de ma culotte (clin d’œil à Enzo cette fois). J’aime aussi bouffer des coockies en m’étalant sur mon lit, avoir des toilettes à côté de moi lorsqu’une envie de chier apparaît, et enfin (histoire de ne pas finir cette phrase par cela), le sexe (clin d’œil à Fannauch). J’aime aussi écrire ma vie, mais tu as l’habitude maintenant, toi ?
Est-on obligé d’aimer ses parents ? Ai-je déjà été aimée par un homme ? Suis-je une fille bien ? Pourquoi Martin Luther King et Malcom X ont eu le courage de vivre leur vie ? Me battrais-je comme eux un jour pour mes idées ? Est-ce que je ne serais pas capable de dénoncer ma tante sous la torture ? Qui reçoit mes questions ?
Pourquoi es-tu parti ? Reviens, je n’aime pas être seule !
NON, JE NE SUIS PAS CONNE ! Etre ou ne pas être ? J’aurais préféré ne pas être. Tu pars toujours au moment où je me pose des questions.
Est-ce être fou que de parler à quelqu’un qui ne vous écoute pas, qui n’existe pas ? NON JE NE SUIS PAS FOLLE, je suis MOI !!!
Tu me répondras cette fois, écris chez ma mère (c’est le code, souviens-toi, parce que je crains qu’ils vont lire la lettre). Et ne me parle plus le soir, mon père m’entend quand je te réponds.

Je t’aime sincèrement.




A toi,
Bismillah Rahman Rahim

Ma chère Mima, ma chère étoile, tous ces petits noms que j’ai pu te donner dans ma chaude enfance me font sourire aujourd’hui.
Tu m’as portée, tu m’as donné la vie, tu m’as soignée et plusieurs fois tu as séché les larmes qui brouillaient mon visage d’adolescente.

Je t’écris cette lettre ouverte que tu ne liras probablement jamais pour te dire que tu es et que tu seras celle qui a fait de moi une jeune femme. Maman je sais que les temps ont changé et que la vie n’est pas aussi rose que je l’imaginais, je sais que tu as peur de ce que je peux devenir, mais je suis une fille du soleil. C’est la Tunisie qui ma bercée entre ses bras chauds, elle m’a nourrie, m’a instruit. Je sais maman que c’est difficile d’être une jeune musulmane et d’évoluer parmi ces gens extérieurs à notre culture mais je ne te ferais pas faux bon. Ce nom de famille qui est le tien est une fierté à porter pour les enfants aujourd’hui et les enfants à venir.
Je suis celle que je suis, celle qu’ils ne veulent pas que je sois, la jalousie aveugle l’homme et le rend mauvais. Maman si je suis là aujourd’hui c’est grâce à toi.
Mon rêve maman, est celui de te venger, toi qui n’as jamais été à l’école, toi qui n’as pas pu lire durant tant d’années, je sais que la réussite compte beaucoup chez nous surtout pour une fille, maman tu m’as élevée seule malgré les mauvaises langues et les sourires hypocrites, tu as su rester forte et humble. Je les revois parfois ces photos de mets premiers anniversaires où il manquait toujours cette personne encore inconnue qui porte le nom de Père.
Mes yeux saignent maman quand je repense à mon premier Noël seule dans tes bras protecteurs sur les marches de la grande Gare Saint-Lazare, toi qui pleurais en m’offrant cette gourmette, toi la femme seule en qui personne ne croyait.
Aujourd’hui maman, c’est moi qui grandis, mon tour est arrivés de sécher tes larmes, je ferais en sorte maman que tu n’ais jamais à baisser la tête en marchant, je serai maman ta réussite comme toi tu es ma victoire.
Malgré toutes les offenses maman, tu marches la tête haute, le cœur plein et la joie des femmes de chez nous dans les yeux.
Maman tu es à toi seule mon rêve, c’est à toi que je veux ressembler, pouvoir affronter les vicissitudes de cette vie avec dignité.
Maman, la vie n’est pas ce que j’imaginais, tu sais, grandir parmi les loups, manger, vivre avec, on en garde des traces, j’ai appris que les gens souhaitent toujours ton bonheur, jusqu’au jour où tu l’atteins et là l’envie fait place au reste.
Ce qui m’énerve ce sont ces gens vides, sans vie, sans sourire, ni parfums, qui parlent et parlent toujours pour dire les mêmes choses, les mêmes personnes, pour ne rien dire.

Les ignorer, certes, mais comme tu dis maman, il y a des yeux qui ne se ferment jamais, tu as beau monter, descendre du ciel, ils sont là, maman je suis fatiguée de vivre pour ces gens, d’avoir peur de les voir, de deviner leurs regards.
Tu sais maman, j’ai dans le cœur des pluies de pourquoi, avec l’espoir de l’histoire de notre famille à refaire, j’y crois maman, plus les mariages, les baptêmes, les naissances, les décès passent et plus l’envie me manque.
Maman tu portes le monde et mon paradis est sous chacun de tes pas, tu le sais maman, l’encre est séchée, les pages sont fermées….


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